Que se passera-t-il si Bitcoin échoue à devenir une monnaie ?

Se contenter d'être une « réserve de valeur » comme un or numérique suffit-il à assurer la survie de Bitcoin ? Dans cet article, nous analysons de manière approfondie des risques de centralisation et de la fracture sociale que le BTC peut causer.
12 Janvier 2026
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Marius Farashi

Il est courant d’entendre, même parmi les défenseurs du protocole, que Bitcoin n'a pas nécessairement besoin d'être utilisé comme moyen d'échange au quotidien pour réussir. L'argument est séduisant : Bitcoin serait une réserve de valeur pure, un « or numérique » anti-fragile, tandis que les monnaies fiduciaires ou d'autres cryptomonnaies, comme les stablecoins, géreraient les paiements.

Cette vision est non seulement incomplète, elle est dangereuse pour la survie du réseau.

Contrairement à l'or physique, qui reste un atome stable même s'il est enfermé dans un coffre pendant un siècle, Bitcoin est un système dynamique vivant. Bien qu’on puisse décrire la blockchain Bitcoin comme étant “trustées”, sans confiance, sa sécurité dépend entièrement de l'activité économique qui s'y déroule. À mesure que les émissions de nouveaux BTC diminuent tous les 4 ans lors des halving, les frais de transaction devront prendre le relais pour rémunérer les mineurs. Mais sommes nous sûrs que cela suffira ?

Si Bitcoin échoue à devenir une monnaie qui circule, c'est son modèle de sécurité qui s'effondre. 2 trajectoires majeures se dessinent alors : une mort technique par l'institutionnalisation, ou une révolution silencieuse menée par une minorité résistante.

Le risque mortel de la « bancarisation » : Quand l'inactivité tue le réseau

Le 1er scénario, le plus alarmant, est celui où Bitcoin réussit en tant qu'actif financier, mais échoue en tant que monnaie décentralisée et globale.

C'est le piège de la « bancarisation ». Dans ce monde, la complexité de la self-custody et la volatilité découragent le grand public d'utiliser le réseau principal. Au lieu de posséder leurs clés privées, les utilisateurs achètent des parts d'ETF ou des actions de Tresaury Companies, utilisent des banques crypto ou des applications type PayPal/Revolut pour s'exposer au prix du Bitcoin, évitant le paiement des frais on-chain maintenus au plus bas pendant toute l’année 2025.

Si la majorité des flux passe par ces tiers de confiance, les transactions réelles disparaissent de la blockchain (On-Chain) ou de ses sur-couches, comme le Lightning Network, qui contribue également à payer des frais.

Lorsque vous envoyez du « Bitcoin » d’un compte Coinbase à un autre, ou que BlackRock échange des milliards avec un autre fond, rien ne se passe sur le réseau Bitcoin. Ce ne sont que des écritures comptables dans une base de données privée gérées par des entreprises de garde qui elles ont les clés privées. C'est du « Bitcoin Papier » et on recrée le système avec lequel l’or a échoué.

Si Bitcoin ne sert que de collatéral immobile, on risque l'effondrement du modèle de sécurité :

    1. Désertification de la mempool : Il n'y a plus assez de transactions pour maintenir la rémunération des mineurs.

     2. Faillite des mineurs : Sans frais de transaction pour compenser la baisse programmée des récompenses de bloc, les mineurs débrancheronnt leurs machines.

    3. Vulnérabilité critique : Le hashrate (la puissance de calcul de Bitcoin) du réseau baisse. Le coût pour attaquer Bitcoin (via attaque à 51%) devient plus abordable pour un État ou une entité hostile.

Récompenses de Bloc Bitcoin au Fil du Temps

Réduction de moitié (halving) de la récompense tous les 210 000 blocs (~4 ans) de 2009 à 2080

Source des données : Spécification du protocole Bitcoin. Les récompenses de bloc sont divisées par deux environ tous les 4 ans (210 000 blocs). D'ici 2080, la récompense de bloc sera d'environ 0,00019 BTC, représentant 99,999 % de tous les Bitcoin déjà minés. Note : Échelle logarithmique utilisée pour montrer clairement la décroissance exponentielle.

En bref, si Bitcoin n'est pas utilisé comme monnaie d'échange pair-à-pair, il se transforme en un géant aux pieds d'argile, contrôlé par quelques institutions centralisées, avant de mourir d'insécurité technique.

Toutefois, ce scénario d'atrophie par l'institutionnalisation peut être évité. Il ne nécessite pas que la planète entière adopte Bitcoin instantanément, mais qu'un noyau dur d'utilisateurs maintienne une activité économique constante.

Même si l'adoption monétaire reste initialement minoritaire, elle joue le rôle de système immunitaire. Tant qu'il existe une économie circulaire où des individus gagnent, dépensent et épargnent en Bitcoin sans intermédiaire la sécurité sera financée.

C'est ici que le second scénario émerge : celui où l'utilisation de Bitcoin n'est plus un simple choix de paiement, mais un acte politique et économique.

La fracture sociale : La résistance comme vecteur d'adoption forcée

Si Bitcoin échoue à convaincre immédiatement le grand public par la facilité d'usage, il s'imposera alors par la nécessité économique, créant temporairement une société à 2 vitesses.

Dans ce scénario, Bitcoin est activement utilisé par une minorité de « résistants ». Pour eux, utiliser Bitcoin comme monnaie est un rejet total du système fiduciaire (fiat).

Nous verrions alors cohabiter 2 mondes hermétiques :

- Le monde Fiat : La majorité de la population continue d'utiliser les monnaies comme l’euro ou le dollar. Elle reste soumise à l'inflation structurelle, à la dilution de son épargne, à la surveillance bancaire et au risque de censure (comptes gelés, limites de retrait). Leur pouvoir d'achat s'érode lentement mais sûrement à cause de l’impression monétaire.

- La citadelle numérique : La minorité qui utilise Bitcoin comme standard monétaire s'extrait de ces contraintes. En épargnant dans une monnaie incensurable à quantité finie, leur pouvoir d'achat tend à augmenter sur le long terme leur donnant plus d’pportunités économique.

Cette utilisation monétaire active permet aux Bitcoiners de vivre sur un autre standard et d'accumuler du plus de capital (immobilier, entreprises, ressources, etc) à des prix qui semblent dérisoires comptabilisés en BTC, mais rendus inaccessibles à cause de l’inflation des monnaies fiat. Le fossé se creuse.

Ce n'est pas seulement que les Bitcoiners deviennent plus riches, c'est un changement de paradigme. Ceux qui restent dans le système fiat travaillent plus pour gagner une monnaie faible, tandis que l'économie Bitcoin récompense l'épargne et la production.

Au fil du temps, la différence de prospérité entre ces 2 groupes deviendra insoutenable pour ceux restés à l'extérieur.

L'adoption de Bitcoin ne se fera pas parce que l'interface utilisateur est devenue jolie ou parce que les commerçants l'acceptent par plaisir. Elle se fera par instinct de survie.

Le commerçant, l'entrepreneur ou le salarié, voyant sa monnaie fiat fondre, sera contraint d'exiger d'être payé en monnaie dure pour préserver le fruit de son travail, contredisant la loi de Gresham. Ce ne sera plus une option idéologique, mais une fuite nécessaire vers le seul canot de sauvetage disponible.

La mort lente ou le délai nécessaire ?

Seul le 1er scénario porte en lui les germes d'une mort réelle du protocole. Si Bitcoin est stérilisé dans des coffres institutionnels, il s'éteindra lentement, victime de son propre succès spéculatif. C'est le seul véritable échec possible : transformer un système de liberté en un actif inerte, incapable de financer sa propre sécurité.

Cependant, la probabilité de cette extinction reste faible face à la réalité de la théorie des jeux. Les incitations économiques décrites dans le second scénario sont trop puissantes pour être ignorées.

L'avantage concurrentiel qu'offre Bitcoin à ceux qui l'utilisent réellement (souveraineté, insaisissabilité, protection contre l'inflation) crée un déséquilibre positif que le marché ne peut ignorer. Il y aura toujours des acteurs, des résistants ou des entrepreneurs, qui auront un besoin vital des propriétés uniques de la chaîne publique pour transférer de la valeur sans permission.

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